2. Interview de Elsa Goberville, styliste et illustratrice

Mode inclusive, éthique et bienveillance : le crédo d’Elsa Goberville



Elsa Goberville, souriante, est allongée dans l'herbe sur le ventre et dessine sur une tablette
Elsa, styliste et illustratrice



Orlane Moitié : Bonjour Elsa ! Est-ce-que tu peux te présenter en quelques mots ?


Elsa GOBERVILLE : Je m’appelle Elsa, j’ai bientôt 30 ans, je suis styliste et illustratrice Freelance. J’accompagne des marques dans le développement de leurs collections, je les conseille dans la création, je travaille des croquis, la couleur, les inspirations et je suis les collections. Je fais aussi de l’illustration en prestation de service : les marques viennent vers moi et me demandent d’illustrer leurs valeurs pour du packaging, de la communication. Je suis spécialisée dans l’illustration de mode inclusive. Je représente un maximum la diversité dans la mode, plus de morphologies, plus de personnes racisées, en situation de handicap... Et à côté, j’ai une boutique Etsy où je vend mes illustrations pour des particuliers.


O.M : Comment t’es-tu lancée dans la création de la boutique Etsy ?


E.G : Je l’ai lancé en juillet, quelques mois après mon début d’activité. Au départ, l’objectif n’était pas de lancer une boutique mais de faire de la prestation de service avec des marques et de faire du BtoB [n.d.l.r : « business to business » qui désigne l’ensemble des relations commerciales entre deux entreprises]. Et puis sur Instagram, j’ai réuni une petite communauté de particuliers qui montrait un intérêt pour mes dessins, ce qui a mené à la boutique. Au mois de septembre, j’ai lancé les portraits personnalisés et au mois de décembre une collection de Noël avec des cartes de voeux et des stickers, qui a bien fonctionné.

O.M : Quelle formation as-tu suivie ?

E.G : J’ai fait un BAC général classique, ES, et je suis venue à Paris pour faire la double formation ESMOD de stylisme et modélisme en trois ans. En troisième année, j’ai choisi de me spécialiser dans la mode enfant pour ajouter une corde à mon arc. Après j’ai enchainé des stages et j’ai été engagée en entreprise.


O.M : En tant qu’étranger à ce monde assez fermé, on se fait l’idée, moi la première, d’un monde de requins, très compétitif. Comment évolue-t-on dans le monde de la mode ?

E.G : En ce qui me concerne, je ne parle qu’en mon nom, ce n’est absolument pas un cliché. Le monde de la mode est cruel, c’est très difficile. C’est un métier-passion c’est pour ça qu’on y reste, les gens qui s’y font une place sont tous des passionnés. Cela dit c’est vrai que c’est compliqué parce que ceux qui gravissent les échelons reproduisent la violence qu’ils ont subit quand ils étaient eux-mêmes au bas de l’échelle. On dit que c’est pour se former et forger le caractère mais c’est très dur.

J’ai rencontré des personnes très à l’écoute et des collègues incroyables mais c’est un milieu qui manque de bienveillance en général. On se fait facilement taper sur les doigts, il n’y a qu’une toute petite marge d’erreur.

Le système de production aussi est très violent. Ce n’est pas du tout éthique, il y a beaucoup de délocalisation et la production des produits à l’autre bout du monde est souvent synonyme de maltraitance. Il faut être bien accroché, surtout si on n’a pas envie de perpétuer ce système.

L’importance de l’image prend aussi une place très importante. Il faut se conformer aux standards et on entend souvent qu’il n’y a qu’un seul type de beauté, de représentation auquel il faut à tout prix correspondre.


O.M : C’est ce manque d’éthique et de bienveillance qui explique ta spécialisation dans l’inclusivité ?


E.G : Tout à fait. J’en avais assez de voir toujours les mêmes mannequins. Les commentaires sur les proportions « parfaites », sur la beauté « type ». C’est vraiment violent. Mais ce n’est pas la seule raison. Je me serai sûrement tournée vers la mode inclusive à un moment ou un autre, même sans cette expérience dans les grosses boites de mode. Ça me tient à coeur depuis toujours.

Quand j’étais gamine, j’étais très complexée. On m’a très vite fait comprendre que je ne correspondais pas à la norme; parce que je n’étais pas très grande, un peu grosse... Quand les gens découvraient que le monde de la mode m’intéressait, ça les faisait presque rire.

J’ai aussi beaucoup souffert du manque de représentation dans les médias. Et je dis ça alors qu’adolescente je faisais du 42. Je ne sortais pas tant que ça de la norme et pourtant j’ai beaucoup souffert de la grossophobie.

Ça, plus la violence du milieu de la mode en tant que professionnelle, ça m’a fait réaliser qu’il y avait un gros problème. Il faut taper du poing sur la table et monter qu’il y a d’autres choses à offrir.

O.M : En tant que Freelance quels sont les obstacles que tu rencontres ?

E.G : Je viens du monde du salariat donc au début l’administratif me semblait être une montagne infranchissable. Ça m’a pris plusieurs semaines pour me lancer et au final quand on met le nez dedans c’est tout à fait gérable. Décoller et se faire un réseau c’est aussi très compliqué. Néanmoins, ça fait un an que je suis lancée et je vois vraiment une progression. Je me rends à des événements de mode, des salons sur l’entreprenariat, des Apéros Créatifs... Et ça marche ! Et ça permet de lutter contre la solitude de l’entreprenariat et de la création.

O.M : Où peut-on te retrouver ?

E.G : J’ai un site Internet, avec mon portfolio et mes services : elsagoberville.com. Je suis active sur Instagram @elsa.gbv et sur Linkedin : Elsa Goberville. Et n’hésitez pas à faire un petit tour sur ma boutique Etsy, Elsa Gbv !




Propos recueillis par Orlane MOITIÉ

Toutes les illustrations présentées dans cet article sont disponibles sur Instagram @elsa.gbv