ARTIPS : Se lancer et s'affirmer


La créativité, l'entreprenariat et le monde du travail sont des environnements complexes. Comment se lancer ? Comment poser des limites ? Reconnaitre un potentiel problème ?
Pas d'inquiètude : Dimitri Ratieuville entre en scène ! Psychologue et psychosociologue clinicien, notre premier rédacteur Guest peut répondre à toutes tes questions :

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Comment se lancer lorsqu’on ne se sent pas suffisamment légitime dans son projet ?


Le sentiment d'être légitime dans son projet est un point qui revient souvent dans les propos d’entrepreneurs. Il peut renvoyer à la sensation de se sentir à la bonne place et dans son bon droit de lancer son activité.

En droit, la légitimité repose sur une autorité qui est fondée sur des bases juridiques, éthiques ou morales, et permet de recevoir le consentement des membres d'un groupe.

Néanmoins, en tant qu’entrepreneur nous sortons de cette procédure car personne n’est en capacité de légitimer notre projet. Si une autorité ne peut pas le faire, est-ce que l’entrepreneur lui-même peut se sentir légitime ?

Ce questionnement amène à des craintes qui peuvent venir parasiter le lancement d’un projet ou l’envie d’un entrepreneur à se lancer. La responsabilité de se sentir légitime repose donc sur les épaules de celui-ci. Il va tout faire pour que son projet soit légitime aux yeux des autres. Cependant si lui-même ne se sent pas légitime, comment peut-il le porter à l’extérieur ?

Il n’y a pas de réponse prédéfinie. Il faut tout d’abord tenter de comprendre pourquoi vous ne vous sentez pas légitime dans votre projet pour ensuite mettre en place des stratégies pour y pallier. Oser parler de votre projet à d’autres avant de vous lancer, faites un tour d’horizon des représentations que les gens peuvent avoir de votre projet. Cela vous permettra de vous réassurer mais aussi de pouvoir réagencer votre projet avant de le lancer et d’être sûr de vous.

Si cela n’est pas possible pour vous, ayez confiance en votre projet et mettez vous en lien avec des personnes qui peuvent vous aider dans la mise en place de celui-ci, répondre à vos craintes et vous accompagner au début.

Comment trouver son WHY ?


Selon Simon Sinek (conférencier américain), le plus important pour un projet ou une entreprise est le WHY : c’est à dire le pourquoi, la raison, le sens, la cohérence et les valeurs que vous portez à votre activité.

Globalement, il explique que c’est simple de savoir ce que l’on fait et comment on le fait. Cependant, trouver son pourquoi est plus complexe. Sa méthode consiste tout d’abord à trouver son WHY pour ensuite trouver son HOW (comment) et son WHAT (quoi).

Pour lui, c’est grâce au WHY, qu’un entrepreneur, peut se distinguer. Le WHY va lui permettre de donner du sens à son projet et de parvenir à mieux l’expliquer aux autres. L’entreprise suivra donc une ligne directrice amenant une vision à long terme qui pourra être partagée à l’extérieur.

Par l’échange de ses valeurs et de ses convictions, la personne peut ainsi mieux s’identifier au service ou au produit. Cela passe par un travail de représentation de ce que peut dégager l’entreprise à l’extérieur.

Si l’on prend l’exemple de l’agriculture biologique, nous observons que la transmission des valeurs autour de la protection animale et végétale, attire de plus en plus de monde. Cela est dû au phénomène d’identification des consommateurs à ces valeurs fortes. La représentation associée au produit est vécue comme positive car correspond aux valeurs personnelles du consommateur.

A noter que les valeurs que portent l’entreprise sont souvent liées aux valeurs personnelles que porte l’entrepreneur. C’est en croyant en ses propres valeurs qu’il aura le désir de les porter dans son entreprise.

Qu’est ce que la charge mentale et comment l’alléger ?


Globalement, la charge mentale est la capacité de maintien et de traitement des informations, qu'elles soient d'ordre personnelles ou professionnelles.

Quand celle-ci devient trop lourde à supporter, on peut parler de surcharge mentale, qui correspondrait donc à un problème de gestion et de traitement de l'information. C’est-à-dire que sur le plan cognitif, la personne n’arrive plus à coordonner les traitements des différentes informations et peut ressentir comme « un trop plein » avec des idées floues et ne sachant plus par quoi commencer.

Prenons l’exemple d’un salarié dans une entreprise. Lors de son activité, il peut être amené à gérer des événements personnels comme un appel de l’école de sa fille, un problème à son domicile… Si son travail ne lui impose pas de stress, et qu’il sait qu’il peut gérer cette situation, il sera capable de gérer cette charge mentale sans problème. Il pourra couper son activité et prendre le temps nécessaire pour gérer la situation personnelle. Il va donc séquencer les informations reçues et prioriser en fonction de ce qui est possible pour lui.

Si son travail ne lui permet pas de pouvoir gérer cette information personnelle, il va devoir à la fois gérer les informations professionnelles et personnelles en parallèle et cela pourra créer une surcharge mentale.

La surcharge mentale, va apparaitre chez les personnes qui traitent les informations sur un mode parallèle et non en différé. Le cerveau ne sera pas donc plus en capacité de le faire convenablement. Séquencer les traitements d’informations est donc une bonne méthode pour gérer sa charge mentale. Cependant, il peut arriver dans certains cas que le personnel empiète sur le professionnel ou inversement, en fonction des situations de vie.

L’importance est de trouver un équilibre en vie personnelle et professionnelle. Sur le plan psychologique, les personnes qui seront plus sujettes à la surcharge mentale sont les profils anxieux, perfectionnistes et dans l'hyper contrôle. Ce sont les personnes qui vont vouloir régler au mieux et au plus vite les situations qui échappent à leur contrôle.

Pour alléger sa charge mentale, il faut d’abord prendre conscience des impératifs et de la pression que l’on se met, ne pas vouloir tout contrôler (car cela est impossible !) et savoir lâcher prise sans se sentir coupable. L’important est de pouvoir se déconnecter et se recentrer sur ses propres besoins.

Comment gérer la solitude de l’entrepreneur ?


La solitude, état d’une personne seule, peut renvoyer soit à une solitude réelle soit à une solitude ressentie. Pour l’entrepreneur, la solitude réelle est un fait. Au début, il est seul dans son projet et doit le porter pour le développer.

Ce à quoi peut s’ajouter la solitude ressentie. En effet, le sentiment de solitude peut apparaitre lorsque l’on perçoit un décalage entre nos relations sociales réelles et celles que nous aimerions. En tant qu’entrepreneur, il faut vous poser la question de votre désir : de quoi avez-vous besoin pour vous sentir moins seul, avez-vous envie de faire partie d’un groupe de pair qui pourront répondre à vos questions, vous soutenir si besoin ?

Pour gérer la solitude ressentie, il est important en tant qu’entrepreneur de ne pas s’enfermer seul dans son projet. Mettez-vous en lien avec des réseaux de personnes qui pourront échanger avec vous sur votre activité, vous apportez des conseils ou bien même juste créer du lien social.

N’hésitez pas à aller à des séminaires, à vous inscrire dans des associations ou à étendre vos réseaux pour participer à des évènements qui vous feront prendre contact avec des pairs, comme participer à des apéros créatifs !



Je trouve qu’en général on valorise énormément le CDI par rapport au freelance. Je ne sais pas gérer le regard des autres par rapport à ce que je fais. Je me trouve moins stable que les autres. J’ai aussi peur de m’éloigner de la stabilité financière d’un CDI…


Ces peurs, plus précisément ces angoisses d’insécurité sont justifiées et mettent en évidence un dilemme chez l’entrepreneur : entre le désir de lancer sa propre activité et les craintes associées (précarité, non cotisation à la retraite, stress de la sécurité financière, crainte du changement et de la stabilité…) Il s’agit donc de travailler autour de ses attentes afin de trouver ce qui pourrait vous sécuriser et voir quelles actions vous pouvez mettre en place pour lancer votre activité.

Par exemple, si vous souhaitez lancer votre projet mais que vous souhaitez garder un minimum de stabilité, vous pouvez changer pour un temps partiel en CDI, des contrats de collaboration annuels avec d’autres entreprises, vous munir d’une assurance et d’une mutuelle complémentaire… C’est à vous de peser le pour et le contre afin que vous puissiez trouver les modalités qui vous conviennent le mieux pour vous lancer.

Dans les représentations collectives, les personnes ont souvent tendance à trouver une meilleure stabilité dans un statut CDI que dans un statut Freelance. Si nous décidons de lancer une activité, nous serons en dehors de cette norme sociale et de la représentation associée. Le regard des autres sera donc présent puisqu’ils ne s’imaginent pas cette condition de travail. Ce regard, les questionnements et les jugements réactivent vos angoisses d’insécurité. S’entourer de personnes qui croient en votre projet est important pour, à votre tour, avoir confiance dans votre projet et continuer à le porter. En acceptant votre statut et en trouvant votre propre stabilité, le regard des autres sera plus facile à gérer.



C’est quoi un burn-out ? Comment faire pour l’éviter ?


Selon l’INRS, le burn out ou syndrome d’épuisement professionnel, est un ensemble de réactions consécutives à des situations de stress professionnel chronique dans lesquelles la dimension de l’engagement est prédominante. Il se caractérise par 3 dimensions :

  • Epuisement émotionnel : sentiment d’être vidé de ses ressources émotionnelles…

  • La dépersonnalisation : Insensibilité au monde environnant, déshumanisation de la relation à l’autre : vision négative…

  • Sentiment de non accomplissement personnel au travail : ne pas parvenir à répondre à ses attentes et à celles des autres, dépréciation des résultats…

La personne ressentant des situations de stress chronique et ainsi de l’épuisement professionnel, remarquera un changement dans son attitude, un repli sur soi ainsi qu’une perte de motivation conséquente. Des symptômes physiques sont à prendre en considération aussi : fatigue, perte de concentration…

Pour prévenir les situations de burn-out, il faut avant tout que la personne puisse poser des limites dans son travail, et qu’elle puisse ainsi prendre du recul sur ses attentes ainsi que les modalités d’action qu’elle a pour atteindre ses objectifs. Globalement, pour gérer les situations de stress chronique deux axes de travail co-existent : l’entreprise, qui doit accompagner un salarié en situation de souffrance au travail et doit prévenir les risques psychosociaux dans ses locaux, et l’individu qui dispose de principes à mettre en place pour optimiser sa stabilité.

Il peut s’autoriser à poser ses limites professionnelles :

  • Définir son temps de travail (encore plus aujourd’hui en télétravail). Il est important que vous puissiez organiser votre temps de travail entre vie personnelle et vie professionnelle. Cela vous permettra de ne pas être dans l’urgence et de dresser une liste de vos priorités afin de mieux gérer votre temps.

  • Cela vous permettra aussi de couper votre activité afin de profiter de ces moments pour vous épanouir aussi dans la sphère personnelle et ne pas la laisser au second plan.

S’autoriser à déconnecter

  • En lien avec les limites professionnelles, la déconnexion est nécessaire afin de pouvoir profiter la tête libre de vos moments personnels. Dans ces moments-là, désactivez les notifications, ne répondez pas aux mails, messages concernant votre travail et prenez du temps pour vous !

S’autoriser à dire non et à ne pas se sentir coupable

  • Pour gérer son stress et la charge de travail, il est important que vous vous autorisiez à dire non et ainsi vous rendre compte de vos limites. Vous avez le droit de refuser. Reconnaitre ses limites et vous autoriser à en parler vous permettra d’entretenir votre santé au travail.

Le burnout est intrinsèquement lié à l’intensité de votre engagement et votre investissement à la fois personnel et professionnel. Lever la tête du guidon de temps en temps, pour prendre du recul sur ses attentes, ses limites et son environnement de travail, vous permettra de prévenir les situations d’épuisement professionnel.



Dimitri Ratieuville

Psychologue, psychosociologue clinicien